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Chère Mamie Fernande,

C’est comme ça que, quand j’étais enfant et que, à chaque fois que nous partions en vacances, il fallait écrire une carte, je la commençais.

Chère mamie,

Je me souviens de toi, qui nous faisais à manger quand nous étions à l’école du village.
Nous passions chaque midi chez toi, et je me souviens des petits pois qui n’avaient de petits que leur nom, et je sens encore leur goût sur la langue. Tu sais, j’ai cherché depuis à retrouver ce goût, sans y parvenir !
Je me souviens de l’ail que tu mettais avec le beurre rissolé et qui finissait dans l’assiette de papi.
Je me souviens des siestes que je devais faire, sur le couvre lit multicolore, et je me souviens des prières qu’il fallait dire avant de s’endormir.
Je me souviens que tu nous lavais les pieds, sans que je ne sache bien pourquoi, même maintenant.
Je me souviens de ma poupée et des vêtements que tu lui faisais.
Je me souviens de toi nous raccompagnant jusqu’au passage clouté et nous laissant finir la centaine de mètres seuls. Je ne suis pas sûre que, de nos jours, j’oserai faire un jour la même chose à mes fils.

Je me souviens des dimanches passés chez vous,
Je me souviens des après midi passés à regarder les dessins animés de CanalPlus, BipBip et le coyote, et à se disputer le fauteuil en cuir avec mes frères,
Je me souviens de tes tartes,
Je me souviens du carnaval qu’on regardait passer devant la maison, des confettis par milliers, des Gilles qui passaient avec leur grand chapeau.

Je me souviens de ton jardin, des roses, des pivoines qui sentaient si bon mais étaient toujours pleines de fourmis, des oeillets qui poussaient par centaines, du petit muret ou on aimait s’asseoir.

Je me souviens de ta baignoire, avec les autocollants de Mowgli, vestiges du temps ou mon père n’était qu’un petit garçon,
Je me souviens de tes petites figurines en porcelaine sur le radiateur de l’entrée, je me souviens combien j’avais à la fois envie de les toucher et peur de les casser.
Je me souviens de ta boîte à bonbons, qui contenait des Lutti et des Michiko. La boîte est désormais dans mon placard à gâteau, elle conserve les sucreries pour tes petits fils.

Je me souviens de papi, avec son teint bronzé, et ses profondes rides qui racontaient une vie bien remplie.
Je me souviens de papi lors des grands repas, réclamant le silence pour chanter ses chansons patoisantes.

Je me souviens de votre voiture, j’ai l’impression que j’en sens encore l’odeur.

Je me souviens de ta porte qui était toujours ouverte, des gens qui passaient, Marie Paule, Mauricette qui m’effrayait avec son drôle de maquillage, et cette petite voisine (Abigaïl ?)

Je me souviens du jour ou papi est venu me chercher au collège, et que j’ai pleuré et prié pour l’âme de mon grand père.
Je me souviens du jour ou papi est parti à l’hôpital, je me souviens des larmes que j’ai versé.

Je me souviens de ton chien Billy, qui aboyait souvent, et sur qui tu criais parfois  » Chameau ! »

Je me souviens de tes bisous bruyants, de ton bras qui me serrait fort, de tes « ma chérie ».

Et puis, les années ont passé, les souvenirs d’enfance ont laissé place à d’autres souvenirs.
Désormais, tu es devenue, en plus de ma mamie, la mamou pour mes enfants, et j’espère qu’eux aussi auront quelques souvenirs de toi !

Peut être Petit Prince se souviendra de sa mamou qui continue, a passé 92 (93 ?) ans, à plaisanter, à faire des bisous bruyants, à parler fleurs et pâtisseries, à parler le patois local qu’il n’entend plus ailleurs…

J’espère, mamie, j’espère de tout mon cœur !

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