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La première chose qui me vient en tête quand je pense à ma mamie Céline, c’est sa cuisine.

Dans sa cuisine, il y avait toujours la cafetière qui tournait, à tel point que, peut importe l’heure à laquelle je passais, je savais que j’allais pouvoir boire mon café noir.

Je m’asseyais sur une chaise, toujours la même, celle qui était près de la porte d’entrée, je prenais du sucre dans le sucrier, et parfois je prenais là mon goûter.

Mamie cuisinait bien, elle préparait des brioches délicieuses sur lesquelles je rajoutais, parce que ce n’était pas assez gras ni sucré, du beurre demi sel et du chocolat, elle faisait des tartes, des tourtons, comme une sorte de pâte levée qu’elle cuisait dans sa poêle pleine de beurre, et qu’elle servait avec du sucre.

Elle faisait aussi de la langue à la persillade (le seul endroit ou j’en ai mangé !), du pigeon de son pigeonnier, et dans son placard il y avait toujours un bocal plein de bonbons acidulés.

Dans la cuisine de mamie, ça sentait aussi le brûlé, quand elle avait attrapé une de ses poules et qu’elle la plumait. Une fois, dans le cellier, il y a eu aussi un cochon qui faisandait, et souvent il y avait des lapins égorgés qui se vidaient de leur sang en attendant d’être cuisinés, c’était ça aussi la campagne.

Je me souviens d’un jour ou, petite, je me suis sauvée de chez mes parents en colère pour me réfugier chez mamie, à l’autre bout de la rue.

Et puis, plus grande, j’allais y passer un après midi par semaine, on mangeait toutes les deux, on faisait la vaisselle et puis on s’installait devant les feux de l’amour et Derrick, et elle m’expliquait ce que j’avais raté depuis la semaine précédente. Et puis, aussi, on mettait de la musique sur des cassettes, du crincrin, de l’accordéon, et je lisais le gros recueil de blagues qu’elle rangeait dans le meuble de la télé.

Je lisais aussi en douce les romans à l’eau de rose rangés dans la chambre du fond, celle qui était lambrissée et ou je dormais parfois, qui était pleine de souvenirs qui ne m’appartenaient pas et auxquels je cherchais une histoire.

Enfin, adulte, je continuais de passer la voir, me poser sur cette chaise près de l’entrée pour lui raconter ma vie, parfois l’aider à se laver les cheveux dans le lavabo et lui poser des bigoudis…

C’est mamie qui m’a appris à tricoter, c’est chez mamie que je faisais des canevas pendant des heures.

Chez mamie, il y avait un grand jardin, et un parterre avec des roses magnifiques. Il y avait le poulailler, les clapiers avec tous les bébés lapins que je pouvais caresser, le pigeonnier qui, plus tard, est devenu l’endroit ou j’allais jouer.

Chez mamie, il y avait l’atelier de grand père, avec ses outils, ca sentait le bois, les céréales pour les animaux, et ca sentait le white spirit et le diluant.

Chez mamie, il y avait le chien Belle, qui était le chien le plus adorable du monde, et qui devenait, le temps de nos jeux, chien de cirque, chien savant, pour un sucre ou deux.

Chez mamie, il y avait aussi grand père, qui nous baladait en motoculteur dans le village, et nous emmenait avec lui dans les cafés, ou on jouait au flipper pendant qu’il buvait sa bière.

Chez mamie, il y avait tout une partie de mon enfance, tout une partie de mes souvenirs que je vais continuer à chérir longtemps, maintenant que tu n’es plus là, mamie.

Au revoir, tu vas me manquer.

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